vendredi 15 mai 2015

Le Jardin des Poètes de Jeanne Marie, mai 2015... Yannis Ritsos, Léon Boyer, Patachou, Maïa Plissetskaïa, Joan Manuel Serrat, Antonio Machado

Résultat de recherche d'images pour "yannis ritsos"
Yannis Ritsos, poète (1909-1990)
Le Jardin des Poètes de Jeanne Marie ... une promenade poétique et musicale sur ARfm - Fréquence Paris Plurielle 106.3MHz . Chaque troisième vendredi du mois à l'heure du goûter,  Jeanne Marie http://jeannemarielapoesie.blogspot.fr/ vous invite à pousser la porte du jardin. Découvrir ou retrouver des poètes d'hier et d'aujourd'hui... Honneur à Charles Trenet qui offre le générique à l'émission 
  Le Jardin des Poètes du vendredi 15 mai 2015
Résultat de recherche d'images pour "patachou"Résultat de recherche d'images pour "maïa plissetskaïa"
à gauche : Georges Brassens avec Patachou, son fils Pierre.          Maurice Béjart et la danseuse étoile Maïa Plissetskaïa                                                                                            
La Porte de notre Jardin du mois de mai s’ouvre sur ce printemps magnifique et mouvementé et nous emporte vers deux poètes dissidents, bannis exilés….  les rives de la Grèce près du poète Yannis Ritsos et sa Symphonie Printanière et de la Méditerranée près de Joan Manuel Serrat, poète chanteur catalan, qui sera à l’Olympia le 29 mai prochain pour fêter ses cinquante ans de carrière : Nous ferons aussi  une halte pour saluer deux artistes qui viennent de rejoindre l’éternité, après une vie belle longue et vouée à l’art : la grande danseuse étoile russe Maïa Plissetskaïa, elle aussi en butte au régime politique, et puis j’ose dire « notre Patachou nationale » qui avait tant de charme et de talent, un talent qui lui a permis de découvrir tant d’artiste. Le printemps est là avec sa joie dans l’explosion des arbres et des fleurs : écoutons « Cerisiers en fleurs » un charmant poème de Léon Boyer, poète auvergnat peu connu, tué à Verdun en 1916 à l’âge de trente-trois ans.

Cerisiers en fleurs
Parmi les rocailles des pentes,
Par la haie et par le vieux mur
Où feullent les ronces grimpantes
Et sur qui tremble de l’azur,

Rangés en processions blanches
Dont l’encens embaume le thym,
Les cerisiers aux claires branches
Officient dans le pur matin.

Leurs rameaux lourds, par quenouillées,
Tissent des grappes de printemps
Et l’on rêve à des épousée
Suaves et tremblants.

Entr’ouvrant leurs mieilleuses urnes
Où le pistil vermeil s’endort,
Ils versent des fraîcheurs nocturnes
Aux gros bourdons annelés d’or.

Et, beaux jours de sève printanière,
Tout le jour sur les coteaux bruns,
Faisant la roue à la lumière,
S’épanouissent en parfums.
 Genêts et Rocailles publié aux Cathiers du Centre.

¯ÿ¯ Patachou chante « La Chasse aux papillons » de …Georges Brassens
PATACHOU (1918-2015) est née Henriette Ragon, grandit à Paris où elle va exercer beaucoup de métiers : dactylo puis employée dans une usine pendant la guerre où elle rencontre Jean Billon dont elle aura un enfant Pierre ; marchande de chaussures, pâtissière, antiquaire. Après la guerre, elle ouvre avec son mari, un cabaret-restaurant rue du Mont-Cenis à Montmartre, dans l'annexe d'une boulangerie qu’elle appelle Patachou, nom qui lui restera. Elle y chante et invite de nombreux artistes inconnus comme Georges Brassens qui début là. Edith Piaf, Jacques Brel, Aznavoir, Hugues Aufray entre autres monteront sur la scène du Patachou. Elle vient de s’en aller au début du mois de mai à l’âge de 97ans.
Dans la chanson Margot, elle invite Georges Brassens à la rejoindre pour le refrain, écoutez bien sa voix timide derrière celle de Patachou…
¯ÿ¯ Patachou chante « Margot » de et en duo avec Georges Brassens

Yánnis Rítsos Poète grec né au mois de mai 1909 mort en novembre 1990 à Athènes, a traversé le siècle en illuminant le firmament de la poésie grecque. Issu d’une famille de propriétaires terrains de la province de Laconie ; son enfance est marquée par des évènements familiaux dramatique : la ruine financière, la mort de sa mère, Eleftheria Vouzounaras, de son frère aîné, Mimis, et les troubles mentaux de sa sœur tant aimée, Loula, et de son père. Evènements qui donnent à toute son œuvre cette profondeur tragique. Une œuvre qui le place parmi les grands poètes du XXe siècle.
 Très jeune, il adhère au Parti Communiste grec et est envoyé dans les camps de « rééducation nationale » ; puis il vit dans la précarité économique et physique : atteint de tuberculose, il passe près de quatre ans en sanatorium. Sa vie devient souffrance physique et la précarité économique son quotidien ; il survit en calligraphiant des actes juridiques.
Pendant la guerre civile qui dure trois ans de 1946 à 1949, il s’engage dans la lutte contre la droite fasciste, il est emprisonné. Sa vie sera une lutte incessante contre la dictature. Il sera encore déporté en exil et assigné à résidence par la junte militaire au pouvoir entre 1967 et 1971. Mais tout au long de ses épreuves, il continue à écrire de très nombreux livres de poésie et à partir des années 80 se tourne aussi vers la prose. Il meurt à Athènes le 12 novembre 1990.
En 1934 paraît son premier recueil de poésie, Le tracteur, suivi chaque année ou presque d’un autre en 1935 Les Pyramides, en 1936 Epitaphe, en 1937 La chanson de ma sœur, en 1938 Symphonie Printanière… environ une centaine de recueils, aussi quelques romans, du théâtre…
Voici, dans la traduction d’Anne Personnaz, un extrait du chant X de La Symphonie Printanière, éditée récemment chez Bruno Doucey dans la présentation du recueil : « Yannis Ritsos aspire à un idéal de fraternité mais la dictature dévaste son pays. C’est dans ce contexte désespéré que le poète écrit l’une de ses plus belles œuvres jusqu’alors inédite en français : Symphonie du Printemps, un hymne à l’amour, à la nature, à la vie. »  Cette symphonie que Mikis Theodorakis, l’auteur de Zorba, a mise en musique en 1966

Chant X (extrait)
Les nuits de printemps
Quand le pollen des étoiles
Et des fleurs
Restait éveillé sur ma peau
Une lueur attristée
Traînait dans l’infini de mon âme
Parce que tu tardais à venir Amour.

C’est pourquoi même mes vers les plus brillants
Avaient caché dans leur cœur
Le vacillement d’un sanglot
Parce que tu étais absent de mon cœur, Amour.

Quand dans mes errances à travers les forêts nues
Dans la solitude de l’automne
Je réclamais les mains jointes
Le soleil qui s’en allait pâle
Par-dessus les lacs glacés
C’est toi que je réclamais ô Amour.

Et quand encore de la terre
Je détournais ma face
Et perçais de regards enflammés
Les murs de la nuit
C’était que je ne voulais pas pleurer
Que tu n’aies pas songé à moi Amour.

En cherchant Dieu
C’est toi que je cherchais.

En t’attendant,
J’ai empli mes jardins
De lys blancs
Afin que tu y plonges tes jambes
Lors de ces nuits argentées
Où la lune vaporise de rosée
Ton image d’ivoire qui s’élève.

Pour toi Amour j’ai apprêté toutes choses
Et si j’appris à chanter avec tant de douceur
C’était parce que dans ma propre voix
Je cherchais à trouver les traces de tes pas
Je cherchais à embrasser
Ne serait-ce que la poussière de ton ombre
ô Amour.

¯ÿ¯  Mikis Theodorakis 3’15

Chant XIV
Nous tendons nos bras au soleil
et nous chantons.

La lumière gazouille
Dans les veines de l’herbe
Et de la pierre.

Les cris de la vie
Ont déployé les branches
Arcs puissants.

L’écorce des arbres
Verte et luisante brille
Chaque oiseau
Qui plonge dans l’azur
Chaque petite herbe
Qui pousse au bord du chemin
Nous apporte le message de Dieu.

Les êtres passent près de nous
Beaux aimés revêtus
De notre rêve de jeunesse
Et de notre amour.

Nous aimons le ciel et la terre
Les hommes et les bêtes
Les reptiles et les insectes.
Nous sommes nous aussi
Tout à la fois et le ciel et la terre.

¯ÿ¯  Sérénade, Walzer de Tchaïkovski

MAÏA PLISSETSKAIA née Maïa Mikhaïlovna Plissetskaïa  Moscou le 20 novembre 1925 et morte le 2 mai 2015 à Munich2, est une danseuse russe, considérée comme l'une des plus grandes ballerines et surnommée la « Diva de la danse ». Elle est très vite remarquée pour son grand talent. Dès 1936, âgée de dix ans, elle fait sa première apparition sur la scène du Bolchoï dans La Belle au bois dormant. Elle écrira plus tard dans ses mémoires9: « L'art m'a sauvée. Je me suis concentrée sur la danse et je voulais que mes parents soient fiers de moi. ». Pendant des décennies elle brillera incomparable au firmament de la danse et a travaillé avec les plus grands chorégraphes. Devenue citoyenne espagnole et après avoir longtemps vécu à Munich, elle réside à Madrid, tout en partageant son temps avec la Lituanie dont sa famille maternelle est originaire. » Elle vient de s’éteindre à l’âge de 90 ans.

Enfin refermons ce Jardin des Poète avec un autre dissident, militant anti-franquiste, le poète et auteur compositeur catalan, Joan Manuel Serrat qui a chanté Machado, Lorca, Miguel Hernandez, Pablo Neruda : il fêtera ses cinquante ans de chanson à l’Olympia dans une tournée internationale vendredi 29 mai.

 El catalán es un artista muy querido por los cordobeses.
Joan Manuel Serrat canta los poetas... Olympia Paris 29 de mayo 2015
Antonio Machado Caminante no hay camino,

XLIV
Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre la mar.

caminante, no hay camino,
se hace camino al andar,
golpe a golpe, verso a verso.
golpe a golpe, verso a verso.
golpe a golpe, verso a verso.

¯ÿ¯  Joan Manuel Serrat chante Machado Espanolito


El resto de las estrofas pertenece a Serrat, pero se incluyen en ellas los dos versos de Machado antes mencionados (aquí en letra cursiva).
Hace algún tiempo, en ese lugar
donde hoy los bosques se visten de espinos,
se oyó la voz de un poeta gritar:
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar,
golpe a golpe, verso a verso.

Murió el poeta lejos del hogar,
le cubre el polvo de un país vecino.
Al alejarse le vieron llorar,
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar,
golpe a golpe, verso a verso.

Cuando el jilguero no puede cantar,
cuando el poeta es un peregrino,
cuando de nada nos sirve rezar,

Le Jardin des Poètes de Jeanne Marie d'avril 2915 deux poètes disparus JLuc Wauthier et Danielle Sabàn Lemkine

Le Jardin des Poètes vendredi 17 avril 2015

Ce Jardin des Poètes d’avril s’ouvre dans un magnifique printemps et deux amis disparus en mars nous invitent à les retrouver, tous deux poètes l’un de Belgique, Jean-Luc Wauthier, l’autre de France, la chanteuse Sabàn Lemkine…. mais oserais-je dire qu’ils venaient de ce monde sans frontières qui est le nôtre ? Que vous dire de Danielle Sabàn Lemkine, pianiste, auteur-compositeur-interprète, qui depuis quelque temps déjà avait lustré ses ailes pour rejoindre les anges, elle s’en est allée une nuit de mars "tout doucement, sans faire de bruit..." .
 Malgré les angoisses, les exils et les errances traversés dans l’enfance, Sabàan étudie le piano, le chant, comme beaucoup d’artistes, devient auteur-compositeur interprète, seule en scène, elle voyage à Paris et ailleurs, vit la bohême, les succès, les attentes et toujours en elle le flot mélodieux de la créativité. Une vie entière offerte à la poésie, à la chanson, ouverte au monde. Elle s'est envolée, vaincue par la maladie, à l'aube du vendredi 27 mars 2015 à Paris, près de son fidèle compagnon, Charles. Mais sa voix, son charme magnétique, la beauté de sa poésie et son humour demeurent en nous...
ÿÿ¯Sabàn chante Sabàn… Si l’amour existait 3’39

Jean-Luc Wauthier , né à Charleroi en 1950 et décédé le 15 mars 2015. Licencié en philosophie et lettre de l’Université de Liège en 1973, il a enseigné la littérature à l’Ecole Normale de Nivelles appelée aussi la Haute Ecole Paul-Henri Spaak pendant près de vingt ans et a été chargé de cours d’écriture poétique à l’Université Européenne d’écriture de Bruxelles.
Son premier recueil, Mon pays aux beaux noms, paraît en 1975, l’année suivante Morteville.
Poète et critique, Jean-Luc Wauthier est l'auteur d’une vingtaine de livres. En décembre 2003, les éditions de L'Arbre à paroles à Amay en Belgique ont réédité l'ensemble de son œuvre poétique publiée de 1976 et 1993, sous le titre Fruits de l'ombre. Suivront les recueils L'envers du ciel, 2007 ; Manteau de silence, 2010 publié aux éditions d’Ecarts à Dol-de-Bretagne et le dernier paru l’an passé Sur les aiguilles du temps chez Le Taillis-Prés.
Bien sûr, il a reçu des prix, mais j’aimerais souligner son travail de passeur de poésie et de critique dans les revues : MarginalesRevue généraleRevue internationale des critiques littéraires) et en qualité de rédacteur en chef du Journal des Poètes depuis 1991, il y illustrait et défendait la poésie du monde entier. Président du Centre francophone belge de l'Association internationale des critiques littéraires, président de la Maison internationale de la Poésie Arthur Haulot, administrateur des Biennales internationales de Poésie.

sur un pont de Paris... Sabàn-Lemkine, a gauche, avec Jeanne Marie
Jean-Luc Wauthier, poète
Gérald Purnelle «Visant à une réconciliation entre tradition et modernité, la poésie de Jean-Luc Wauthier recherche la découverte intérieure à travers une tension entre rêve et réalité. »
Poèmes de  L’envers du ciel  (Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2007)

Je suis passé juste à côté du poème
 cet inconnu aspiré par les couloirs
de l’ombre et dont le visage
en clair-obscur, inconnu de tous
allait son chemin tandis que
je restais là, immobile, bras ballants, plein
 de ces mots papiers-cadeau 
 que nul n’écoute
 ….

 Alors même que je n’étais pas sûr
 de reconnaître
 la démarche oblique des mots glissés
 sous les portes du sommeil
 puis abattus comme un bouquet d’oiseaux
 sous le grand compas
du silence 
ÿÿ¯S Sabàn chante Sabàn …. Septembre 2’37

Et Michel Baglin, dans sa revue Texture :
De toute évidence, la révolte est à la source de la poésie de Jean-Luc Wauthier, comme le refus de« ces vies bien rangées et vomissantes, / où des facteurs incertains / n’apportent que des lettres lues / d’avance ». Refus, probablement lointain, de devenir un des ces êtres qui sont toujours là, « plus ou moins vivants / à veiller veulement sur un pays / de cendre ».  La vraie vie aura toujours bien du mal à être quotidienne et l’auteur, quand il se propose de faire de l’écriture, « un partage d’émotions et d’interrogations », n’oublie pas d’ajouter : « dans l’intensité ». Cette intensité dont procède le poème et qu’on croit reconnaître lorsqu’on « envie / ceux qui sont à tu et à toi / avec la vie ». Mais le quotidien use, « la vie passe et rien n’est dit » et le cœur se glace d’attente. Avec le temps, les pertes irréparables et la solitude intérieure qui grandit, le songe, le repli dans « l’abri obscur » où l’on tutoie la mort deviennent des tentations. Autre figure de la poésie, peut-être, que ces « grands livres de nuit » où se retirer le jour venu...poème de L’envers du ciel  (Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2007)

Tu envies
ceux qui sont à tu et à toi
avec la vie 
 ….    Parfois, tu les imites
mal et pas très longtemps
comme eux, tu tentes
 d’allumer de longs flambeaux
 qui éclairent une arrière-cour
 déserte,
 mais très vite, tu éteins  le feu
 surgi  par hasard
 dans la maison des hommes

Critique dans Recours au Poème  la sortie du recueil Manteau de silence
Quel beau titre choisi par Jean-Luc Wauthier pour rassembler ses poèmes récents. Le silence initial préside à la poésie et c'est ce manteau là que le poète propose de poser sur les épaules d'un monde où le bruit, le froid et la solitude règnent en lieu et place de la liberté.
Le tissu de ce manteau est d'une bure chatoyante, tramé d'un fil interrogeant l'essentiel : la vie, le mystère de l'autre à l'intérieur de soi, le poème. Deux poèmes de Manteau de silence, Ed. d’Ecart, 2010)


Et toi, tu cours à
travers le temps
et tu disperses tes oripeaux
sur le grand manteau de la nuit
la poussière d'une étoile
les pas d'une biche
enfin venue boire
un instant
à la source de toi-même.

Ah, que je repose enfin dans l'enfance
Qui jamais ne cesse de dicter le poème
d'ouvrir notre corps malade
aux allées de lumière
à l'ordre des ténèbres épongées par la nuit
Ah qu'enfin je te retrouve, poésie,
petite fille aux allumettes
aux doigts gelés.
Et que flambe enfin toute la maison.

ÿÿ¯S Sabàn chante Sabàn… Je quitte tout, je pars 4’50
Au revoir chers auditeurs, je referme ce Jardin des Poètes d’avril avec J.S. Bach  et un air la Cantate Bwv85 Bertrand Dazin, voix d’Alto et Louise Audubert au violoncelle…. On se retrouve dans le joli mois de mai, le vendredi 15 mai à partir de 16 :30 sur Fréquence Paris Plurielle, ARfm 106.3 mhz…